FONDERIE KUGLER
Samedi 14 février à 20h30
Ensemble Vortex
Apophänies _ Sonic Matter
Entrée CHF 15.-
Ce concert inaugural de la Saison26 nous plongera dans les zones troubles de la perception, entre ce que nous croyons voir, entendre ou comprendre, et ce que les œuvres nous imposent comme friction, glissement. 5 pièces, 5 régimes d’écoute qui forment une traversée où le corps humain, la machine, l’image et les frissons sensoriels se confondent.
Dans Apophänie, le compositeur Rama Gottfried explore ce que la psychologie nomme l’apophénie, soit cette tendance à discerner des motifs ou du sens dans des données aléatoires. Ce phénomène sert dans la pièce de socle à une dramaturgie où micro-gestes scéniques, projections vidéo et micro-organismes artificiels entrent en dialogue. Un théâtre à la fois biologique et technologique, vivant mais instable, se déploie en temps réel, activé par les interprètes. Derrière des vignettes semi-abstraites émerge une narration fragile, révélant un réseau d’interactions cachées sous la surface.
Desplazados de Daniel Zea interroge quant à lui les formes contemporaines de déplacement et d’aliénation à travers un dispositif scénique saisissant : des couvertures de survie y deviennent instruments, surfaces sonores et symboles. Tremblements, masses liquides, visages filmés en direct, chaleur contrôlée… L’œuvre tisse une musique de la fragilité, hantée par la figure du migrant autant que par celle d’une société occidentale en voie de désintégration. Loin du pathos, elle propose une expérience corporelle et collective de tension, de saturation et de perte de contact.
Avec Audible Survie Méditative Rasante (ASMR), la compositrice Romane Bouffioux détourne un phénomène populaire en terrain d’exploration musicale. Inspirée par les vidéos ASMR (autonomous sensory meridian response) qui inondent les plateformes en ligne depuis la fin des années 2000, cette pièce oscille entre méditation guidée, massage sonore et trouble des sens. Jeux de rôles, chuchotements, objets détournés, frôlements amplifiés : tout un univers de stimulations ambiguës est ici transposé dans le cadre du concert. Ce qui pourrait sembler anecdotique devient une expérience tactile et immersive entre euphorie douce, tension flottante et ironie sous-jacente.
La pièce Sottilissime d’Anna Korsun poursuit cette tension sensorielle et brouille les rôles : les instrumentistes deviennent chanteurs, les voix se fondent dans les timbres et la musique s’étire comme un souffle suspendu. La spatialisation et l’absence de contact visuel entre les musiciens amplifient la sensation d’une écoute intérieure, d’un tissage fragile entre l’humain.
Tourette de Eva Reiter introduit une tension nerveuse et mécanique entre l’humain et la machine. Pour flûte Paetzold contrebasse et bande, la pièce débute comme un système cohérent, avant de se dérégler et d’exploser en spasmes imprévisibles. L’instrumentiste et la bande se contraignent mutuellement dans un échange où les ruptures rythmiques et les tics sonores deviennent le cœur du discours, comme des tentatives d’échappée au système. Ces impulsions, loin d’être des erreurs, redéfinissent une autre forme de liberté instable, compulsive, mais nécessaire.
Une soirée d’écoutes déplacées, où les frontières entre perception intime, corporéité publique et illusions acoustiques se brouillent, pour mieux révéler ce que l’oreille croit – ou veut – entendre.
Oeuvres
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Apophänie
2017
Rama Gottfried
video-puppetry-instrument. -
Sottilisime
2019
Anna Korsun
alto, violon, violoncelle. -
Desplazados
2016
Daniel Zea
4 ordinateurs, 4 performers, couvertures de survie amplifiées, électronique, midi drum pads, réseau de streaming vidéo. -
Audible Survie Méditative Rasante (ASMR)
2023
Romane Bouffioux
3 performers. -
Tourette
2008
Eva Reiter
bande magnétique, flûte Paetzold.




